Valencia, le dernier avant le prochain !

Publié le par olirun

D’habitude, je prépare un marathon en suivant scrupuleusement le plan d’entraînement du coach.

D’habitude, j’observe un régime alimentaire strict sans une goutte d’alcool afin d’être à mon poids de forme le jour J.

D’habitude, la préparation se déroule sans anicroche ni pépin physique.

D’habitude, je focalise mon énergie et mes ressources sur un objectif bien défini au préalable. Je connais alors d’intenses moments de joie quand il est atteint et en conçois une déception légitime quand il est raté.

Pour ce 8ieme marathon dans la superbe ville de Valence, rien de tout cela. J’ai fait mon plan d’entraînement moi-même. J’ai mangé et bu sans retenue jusqu’à la veille, accusant 3 kilos de surplus au moment du départ. J’ai souffert d’une belle contracture au mollet gauche qui a amputé la préparation de ses 15 derniers jours et surtout, je n’ai aucune velléité chronométrique.

C’est donc sans objectif mais non sans question que j'ai pris le départ du 33ieme marathon de Valence ce dimanche 17 novembre. Sans trop y croire, je me suis dit que j’allais essayer de tenir le 4’50 au mille le plus longtemps possible, que je voulais le terminer quoi qu’il advienne et que d’autres objectifs m’attendaient.

Sous un soleil généreux et dans une ambiance digne d’une étape de tour de France, je me suis élancé sur le pont qui sépare les bâtiments de la cité des Arts et des Sciences imaginés par Calatrava. Au loin, mes coéquipiers de Fleu, partenaires d’entraînement, sont partis bien plus vite que moi et si le premier kilomètre est franchi en 5’, le suivant est avalé en 4’31. Beaucoup trop vite par rapport à mes bonnes résolutions.

Ce fameux mollet gauche me laisse tranquille. Aucune gêne, aucune douleur ! A croire que la cure massive de Traumeel a porté ses fruits ! Cela fait en effet une semaine que j’en ingère une dizaine par jour. Je passe le cinquième kilomètre en 23’31 soit avec 40 secondes d’avance sur ce que je m’étais fixé comme tempo. Une sono placée dans le coffre d’une voiture accompagne les coureurs et Bon Jovi beugle «  It’s my life, it’s now or never… ain’t gonna live forever … ». Le parcours présente ensuite un demi-tour et je croise alors Tonio, Sergio et Serge. Ils ont déjà une belle avance sur moi alors que je m’efforce de ralentir … sans succès…

1458577 10201438582699606 425768829 nDixième kilomètre, toujours aucune alerte au niveau des jambes. Je passe en 46’49 soit avec plus d’une minute et demie d’avance. J’entends déjà le coach me sermonner que je suis trop vite que je vais le payer. Pensées prémonitoires ! Au loin une seconde sono nous balance cette fois les chariots  de feu de Vangelis. Si on ne court pas sur la plage, je m’efforce quand même de suivre la ligne bleue qui optimalise la distance, un peu comme le motard allemand de la grande vadrouille. Comme lui, je finirai dans le décor…  

A force de tourner dans tous les sens, je perds complètement mes repères. Au 11ieme kilomètre, mon fan club me supporte et m’encourage. C’est la première fois que ma petite famille est sur le parcours et cela constitue un adjuvant certain. Je les reverrai au 18ieme kilomètre après avoir passé le 15ieme kilomètre en moins d’1H10 alors que j’aurais dû y être en 1H12’et 30 secondes. Cela va se payer, je le sais déjà mais toutes mes tentatives de ralentissement sont éphémères. Je repars dans le rythme initial après 100 mètres !

20 ieme kilomètre et puis le semi en 1H38’23. Je suis complètement fou. A l’image de la foule qui s’agglutine désormais derrière les barrières ou le long de la fameuse ligne bleue. Au loin, Queen balance son traditionnel « We will rock you » et mon allure ne faiblit pas ! Je reviens sur Luc De Wulf qui ne me semble pas au mieux. Je passe le 25ieme kilomètre en 1H57 et les jambes tournent toujours avec aisance. Je ne ressens ni douleur ni fatigue !    

27ieme kilomètre et on doit passer sur un pont. Cette montée peut paraître insignifiante pour le commun des mortels mais pour la première fois, je ressens quelques ratés dans la machine. Je poursuis toutefois sans faiblir. Les kilomètres s’égrènent et le portique du 30ieme kilomètre est en vue. Alors que je le franchis, j’aperçois Pascal Kempeneers au loin et reviens assez aisément à sa hauteur. Il m’avoue qu’il souffle un peu et me souhaite bonne chance. Je consulte ma montre et suis désormais sur une base de 3H18, soit 3’ de mieux que mon record personnel. Reste 12 kilomètres, un jogging dominical.

31ieme, 32ieme, 33ieme, les rues s’élèvent. Je sais que les 7 derniers kilomètres sont en descente et donc, au préalable, il faut monter ! Cela devient difficile, très difficile mais je suis toujours sur ces fameux 3H18. Ironie du sort, une sono au loin laisse Survivor s’époumoner sur « Eye of the Tiger ». En ce moment, je suis plus en mode survivor que « eye of the tiger ».  La fin va être difficile.

Le fameux mur du marathonien, j’y suis ! Je dirais que c’est truel (  ) mais je le savais depuis le 2ieme kilomètre ! Je me mets sur le côté et ralentis l’allure, je passe de 4’45 au kilomètre à 5’45 et sens que la fin va être très pénible. Je regarde ma montre constamment et les hectomètres ne défilent plus comme 20 minutes plus tôt !  Je dépasse Dédé Hardenne encore plus à la dérive que moi et me dis que c’est possible d’encore figurer honorablement dans le classement en gérant la fin de course à l’économie. La mécanique est grippée, comme si les rouages manquaient d’huile. Je grimace à chaque foulée et les joggeurs me dépassent sans discontinuer. Pascal Kempeneers me redépasse et m’encourage. Il terminera en 3H19 ! Chapeau à lui, je n’aurais pas misé un kopeck sur sa fin de course au trentième !

DSC0445Les 5 kilomètres entre le 35ieme et le 40ieme sont un chemin de croix. Je m’efforce de les faire en moins de 6’ mais c’est très difficile. Mes pieds chauffent anormalement et j’ai désormais mal partout sauf à ce fameux mollet gauche qui avait suscité tant d’inquiétudes. Je parviens péniblement au 40ieme quand une crampe foudroyante me paralyse la cuisse de la jambe droite. Je m’arrête et un brave espagnol m’encourage «  Venga Olivier »… Je saisis mon dernier gel, le coup de fouetl’ingurgite sans eau et tire sur le muscle endolori. Comme par magie, la douleur s’estompe et je repars. Reste 2000 mètres, 5 tours de pistes. 41ieme kilomètre enfin, j’ai retrouvé un peu de couleurs, je sens l’écurie ! Je peux rentrer sous les 3H30. Je peux le faire. J’aperçois la majestueuse cité des arts et des sciences. Au bas du chemin, ma femme et mon fils m’encouragent.  Je longe les bâtiments entre la foule en délire. Ils ne sont pas là pour moi mais je considère que si ! Le panneau du 42ieme, la dernière ligne droite sur l’eau et top 3H27 et 12 secondes …

Quelle gestion calamiteuse mais quelle joie de passer cette ligne ! Quel beau marathon, quelle ferveur populaire ! On ne court jamais seul et si, au vu des circonstances, je peux me montrer content du résultat, au fond de moi, je sais qu’en gérant mieux mon impulsivité au départ, le chrono aurait pu être bien meilleur ! Un grand coup de chapeau aux organisateurs et aux bénévoles qui font de cette course une épreuve à part, appelée à grandir dans le gotha des marathons européens.

DSC0530En conclusion, je suis particulièrement heureux d’avoir été au bout. Moi qui serine à mon fils que la vie, c’est comme la course à pied, qu’il faut se dépasser et aller au fond des choses, abandonner alors qu’il était sur place aurait fait mauvais genre.

Pas de marathon en 2014 en ce qui me concerne mais bien deux triathlons longue distance. Mon prochain marathon aura lieu à Nice en juin 2015. Faudra juste un peu nager et pédaler avant. It’s my life, it’s now or never. Ain’t gonna live forever…

Olivier 

 

 

Publié dans Marathons

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